vendredi 12 avril 2013

Pourquoi sommes-nous aussi pauvres ?



Pourquoi sommes-nous aussi pauvres ?
«Sans la liberté de blâmer, il n’est pas d’éloge flatteur» - Beaumarchais. 

Sept ans après l’exportation du premier baril de pétrole, laMauritanie est toujours reléguée dans les profondeurs des classements en matière de tous les indices du développement humain. 

Nous exportons 9000 barils par jour, soit au cours actuel du Brent, 954 000 dollars bruts gagnés entre la prière d’El Fajr et celle d’Al Maghrib, partagés bien évidemment entre différents partenaires dont l’Etat mauritanien. Pour le commun des citoyens, ce partage qui se fait loin de sa sphère immédiate et en l’absence des personnes élues censées le représenter, est opaque, ne faisant objet d’aucune publicité. Quelle est la part qui revient à l’Etat ? 

Quid du fonds dédié aux générations futures disparu aujourd’hui des écrans et radar ? Quid de notre participation à l’initiative de la transparence des industries extractives (ITIE) ? 

En plus du pétrole qui devra, sauf nouvelles découvertes, s’épuiser en2019, nous avons tiré 300 millions de dollars des exportations minières. Là aussi, mille questions: comment, à qui et selon quels critères, sont attribués les licences d’exploration et d’exploitation ?

Quel rôle joue la Police des Mines ? Il y a aussi le secteur des ressources halieutiques. Entre janvier et août2012, la Société mauritanienne de commercialisation des poissons (SMCP) a engrangé 233 millions de dollars de recettes d’exportation. Que de questions ? Comment quelques individus se sont-ils retrouvés gérant des centaines de bateaux ? Quelle fut la contre partie accordée à l’Etat dans ces transactions ? Toutes les captures passent-elles par la SMCPP

N’y a-t-il pas des ventes au large? La marine nationale a-t-elle les moyens de surveiller nos 700 km de côte ? Les bateaux espagnols pêchent-ils au-delà des limites réglementaires ? Si nous avons les côtes les plus poissonneuses du monde, pourquoi nous ne produisons pas encore une boîte de sardine ? 

En plus du pétrole, des mines et de la pêche, il y a le secteur agro-pastoral, qui pourrait à lui seul nourrir les 3 millions de mauritaniens et qui pour le moment est laissé en friche. Pourquoi l’Etat ne veut pas aider les propriétaires terriens à mettre en valeur le legs de leurs ancêtres, à l’instar de la Malaisie 

Faut-il absolument déposséder les paysans de leurs terres à travers des décrets préfectoraux et donner ces mêmes terres à des intermédiaires véreux qui sillonnent le Golfe à la recherche des investisseurs ? Que gagnera l’Etat dans ce bradage ? Bref, si nous comptons tant de pauvres, c’est parce que nous n’avons pas mis en valeur les richesses de notre sous sol. C’est là où nous sommes obligés de revenir à la vieille maxime d’AdamSmith, «il n’y a de richesses que des hommes ».

En effet, toutes les intelligences humaines mises bout à bout ne comptent pas sans vision, sans stratégie de développement et sans leadership. Un regroupement disparate d’ingénieurs dispose de la même intelligence ne moyenne qu’une masse de plombiers analphabètes. Sans vision éclairée de développement, les milliers de grands diplômés mauritaniens ne brilleront qu’à l’étranger, dans des pays qui connaissent leurs priorités et essaient d’atteindre leurs objectifs.

Si des contrées au sous sol pauvre comme le Rwanda ont réussi à briser la spirale du sous développement c’est grâce à un leadership et à une discipline neutre, égale pour tous. Or, aujourd’hui, compte tenu des intérêts des uns et des autres, on a l’impression que le leadership et la transparence n’arrangent pas grand monde en Mauritanie.


Source : Mauritanies1

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