La création de l'Agence nationale de lutte contre les séquelles de l'esclavage, à l'Insertion et à la lutte contre la pauvreté a eu sur l'opinion nationale l'effet inverse de ce qu'en attendaient ses concepteurs. A cela un certain nombre de raisons.
D'abord l'appellation. En parlant de lutte contre les séquelles de l'esclavage, les autorités déplacent le problème et en change le sens réel. En fait cela signifie que l'esclavage n'existe pas mais qu'il n' y a en fait que des séquelles de cette pratique qui appartient au passé. Donc exit la loi criminalisant cette pratique; ensuite les cas avérés d'esclavage qui ont été dénoncés et soumis à la justice ne seraient que des mises en scène fabriquées par les soi-disant défenseurs des droits de l'homme. Ce qui explique, soit dit en passant, les relaxes des esclavagistes qui suivent chaque interpellation; plus profondément, cela contient une dénonciation tacite et une condamnation donc des anti-esclavagistes comme des activistes animés d'intentions inavouables.
Plus que cela, cette dénomination change les victimes en coupables. En fait l'esclavage serait réduit à un problème psychologique dont souffriraient les anciens esclaves compte tenu du passé historique du groupe social auquel ils appartiennent; ils seraient des "complexés" qui voudraient se venger des "exactions" dont auraient souffert les leurs. Ce seraient eux donc qui chercheraient à diviser les populations en insufflant dans les consciences la haine raciale.
Il y a ensuite la désignation du responsable de cette structure. Alors que beaucoup s'attendaient à voir un hartani nommé à sa tête, parce qu'en fait elle est le résultat de la lutte de cette frange, on voit propulsé un homme (dont les compétences ne sont pas ici en cause, loin de là) qui, selon le responsable de IRA est un proche parent à une esclavagiste qu'il aurait tout fait pour la blanchir dans une affaire dans laquelle elle a été impliquée relativement récemment.
Du point de vue symbolique, certains y voient la perpétuation de la domination de l'esclavagiste; ce serait lui par qui le bien arrive; c'est lui le protecteur, le père voire le seigneur. Plus encore c'est la confirmation de la marginalisation des cadres hratine. Alors que l'ANAIR, qui était faite pour régler les problèmes des réfugiés - et elle a échoué sur ce plan - a été dirigée par un Négroafricain, pourquoi cette Agence qui, théoriquement, s'attaque à un problème qui intéresse les esclaves en premier, n'a pas été confiée à l'un d'entre eux ?Ce ne sont pas les cadres hratine qui manquent. Pourquoi cette différence de traitement ?
Pire, l'ANAIR a été abandonnée au milieu du gué et remplacée au pied levé par cette Agence controversée, dans quel but ? Est-ce pour créer des rancoeurs entre les deux communautés ? Une manière de souffler sous les braises de la haine communautaire en suscitant des réminiscences relatives aux événements 89 ? Ce n'est pas à écarter en cette veille d'élections contestées. Depuis qu'un certain temps il s'est avéré qu'il y a un rapprochement certain entre les membres de ces communautés, cette possibilité est à prendre en considération. Les Négroafricains, dans le calcul des autorités actuelles seraient "dans la poche du régime depuis que Aziz a effectué la prière du mort à Kaédi et que certains fonctionnaires écartés à la faveur des événements 89 auraient été replacé dans leurs droits - selon la thèse officielle - il ne reste plus que les hratine à amadouer en leur créant "leur" Agence.
Mais il est dangereux de se promener avec son tison dans une poudrière; aujourd'hui chaque communauté croit que tous ses malheurs viennent des "autres" parce que tout le monde souffre mais ne perdons pas de vue, comme l'a dit Lô Gourmo Abdoul, que " la masse de la composante Bidhane est loin de vivre le paradis que certains imaginent, même si le système tente de faire croire le contraire en se fondant sur une partie de l'élite maure. Tout ça c'est notre peuple" et nous n'avons pas intérêt à dresser les uns contre les autres. L'égalité de tous devant la loi doit devenir une réalité. Et ce pouvoir est passé maître dans les rendez-vous manqués avec l'Histoire. Ne nous laissons pas prendre à son jeu.
Hamar vall Ould Baba
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