dimanche 6 novembre 2016

Insécurité : les services de sécurité mauritaniens à l'épreuve du départ d'Aziz...

Pendant que la scène politique est occupée par des questions mineures à savoir quel wogave le pouvoir va installer à la place d’Aziz à moins qu’il ne cède le pouvoir à Ghazouani civilisé, la vrai questionest de connaître les conséquences de la déclaration d’Aziz sur les forces armées et de sécurité car il s’agit d’une première dans l’histoire de l’armée depuis 1978…

Jusque-là, tous les présidents ont été remerciés manu militari par leurs frères d’armes : le tombeur du chef devenant le chef et installant ses complices pour maîtriser le pays. Avec Aziz, nous avons eu la preuve formelle que l’armée mauritanienne obéit à ses chefs militaires et à personne d’autre, jamais un civil fût-il déclaré chef des armées par la constitution. 

Le sort de Sidioca en fut le parfait exemple. Son autorité républicaine permettait à un civil de faire général un colonel mais l’armée ne lui reconnaît pas le droit de démettre ses chefs sans leur autorisation. Cette discipline d’un corps à part, qu’un ancien ministre a qualifié de milice, a peut-être sauvé l’armée mauritanienne du chaos de la scène politique civile.

Cette indépendance a une résonance profonde dans l’inconscient des mauritaniens car elle touche aux ressorts symboliquesde la féodalité ancestrale où de nos jours l’armée représente les guerriers, les politiques étant les marabouts, le reste étant le peuple.

Quand Aziz est devenu général civilisé, il n’en est pas moins resté le chef suprême des armées de culture et d’autorité militaire et de droit constitutionnel. Il a alors réorganisé l’armée qui était dans un état lamentable et mis en place les hommes qu’il faut là où il faut pour qu’il puisse dormir tranquille et que la sécurité de tous soit assurée.

Ce fut fait avec un tel génie de la connaissance du milieu militaire que même entre la vie et la mort en France, le système n’a pas tremblé, du moins pas au point que les turbulences deviennent publiques. C’est étonnant car les appétits sont tels qu’avec une Mauritanie désormais riche en pétrole, en gaz et en minerais de toutes sortes, si l’organisation azizienne avait une faille dans l’équilibre des forces, les intérêts individuels se neutralisant les uns les autres, les haines, les amitiés, les carrières de chacun avec ses hommes, une faille  eût fait émerger immanquablement un autre chef des armées à la première occasion.

Chacun a vu avec quelle sérénité l’armée a géré la situation quand Aziz était entre la vie et la mort. 

Aujourd’hui ce qui se passe est une première et c’est très grave ! Aziz en disant qu’il ne sera pas candidat pour un troisième mandat, il déclare par conséquent qu’il ne sera plus chef des armées ! Si le changement de constitution prévu avait créé n’importe quoi comme un poste de vice-président ou n’importe quoi donnant à Aziz une place quelque part dans l’Etat, l’équilibre militaire des forces de sécurité mis en place pour Aziz ne tremblerait pas or il commence à trembler et la dernière sortie publique du directeur de la sûreté de l’état à propos de la France n’est pas rassurante. Elle montre une panique car l’instabilité peut être d’origine étrangère ou interne ou les deux….

Il faut bien comprendre que l’armée, du moins les gradés, est faite d’hommes comme la scène politique et économique qui ont leur carrière, leurs réseaux, leur idéologie, leurs intérêts, leurs divergences, leurs appétits, leurs secrets, leur pouvoir de nuisance et que tout ce monde roule pour le chef des armées.

Tout ce monde comme le monde politique tremble aujourd’hui en ne sachant pas qui va remplacer Aziz ou juste ce qu’il va devenir or cela est très grave car au cœur de l’armée il existe des groupes chacun indispensable à la sécurité comme tel groupe de notables indispensables à une victoire électorale.

Ils sont tous capables de se faire entendre indirectement et tous sont capables de déstabiliser ce pays s’ils commencent à avoir peur pour leur avenir dans l’armée avec tous les privilèges afférents. Aussi, la question du prochain chef des armées est la plus importante et elle doit être décidée au plus tôt or c’est impossible si l’organisation actuelle est taillée pour Aziz qui doit veiller à sa sécurité et celle de sa famille jusqu’à la fin.

Comment d’une telle organisation où les forces se neutralisent, un élément mis là avec l’incapacité de dominer les autres pourrait-il en devenir le chef ? A part Aziz qui peut être chef du Basep ? Aziz dans son coin même civilisé peut-il se faire obéir du basep ?  Que se passerait-il, après Aziz,  si demain sortait du Basep un Dadis Camara  ou n’importe qui de plus fréquentable ? Quant au reste de l’armée : que diront les chefs après Aziz si le prochain président décide de les mettre au placard ?

La seule solution, c’est que les généraux s'accordent pour faire un roulement au sommet du pouvoir tous les dix ans… Une telle discipline était-elle tenable ? Pas face à la culture et l’histoire de l’armée mauritanienne où c’est l’histoire d’un groupe qui en fait tomber un autre sans autre forme de fidélité.

En attendant la réponse à cette grave question, il faut craindre pour la Mauritanie la traversée d’une grande zone de turbulence avec le départ d’Aziz, zone d’autant plus agitée si le départ d’Aziz s’avérait définitif ce que je ne crois pas pour les raisons exposées plus haut : il est le chef des armées et de la même manière que les hommes politiques n’ont pas préparé la relève, Aziz ne semble pas avoir créé une organisation militaire capable d’obéir à un autre que lui et ses hommes et ce au nom de sa propre sécurité…

Pour ma part je vote Ghazouani pour une raison simple, je m’étonne qu’un général si puissant n’ait pas fait parler de lui dans aucun des scandales financiers qui ont secoué la république alors qu’il y a tant d’argent à se faire les bras croisés et je voterai Aziz une seconde fois pour une seule raison : au moins sa fortune est censée déjà être faite, c’est déjà ça de gagné car avec l’arrivée d’un autre groupe de fauchés, le pire ne sera jamais certain.

Quoi qu’il en soit une pensée au porte-parole du gouvernement, l’homme le moins crédible de la république qui parle pour un gouvernement qui le vaut bien. Tout cela est lamentable et  vulgaire, le signe d’un mépris gratuit pour le peuple désarmé…

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