09-12-2014 06:30 -
1. Quelle lecture faites vous aujourd'hui sur le climat politique en Mauritanie ?Réponse : Le fait que les acteurs politiques, tant de la majorité présidentielle que de l’opposition (toute tendances confondues), se cantonnent dans leurs positions rend le climat politique en Mauritanie assez lourd.
S’il est vrai que la majorité présidentielle peut se féliciter du gain électoral de la dernière élection présidentielle, il n’en demeure pas moins que le taux de participation enregistré lors de cette élection est à mon avis indicateur d’un certain scepticisme au sein d’une bonne partie de la population, notamment en ce qui concerne le retour observé des symboles des anciens régimes au sein de la pyramide de l’État.
De son côté, l’opposition a du mal à prendre sa place, encore moins jouer adéquatement son rôle institutionnel. On dirait qu’elle est tellement préoccupée par sa survie qu’elle a oublié sa principale raison d’être, soit celle de mettre en porte-à-faux les choix et les politiques publiques du gouvernement et leurs impacts sur la vie des citoyens. Ce constat transversal m’amène à la conclusion évidente qu’il est,plus que jamais,nécessaire de renouveler la classe politique et sa gérontologie dirigeante.
2. Quelle lecture faites vous aujourd'hui sur le climat des affaires en Mauritanie ?
Réponse : Tout d’abord, il faut saluer les résultats remarquables apportés par les autorités mauritaniennes dans leur lutte contre le terrorisme, le rétablissement de la paix et la sécurité à l’intérieur de nos frontières, ce qui est primordial et sine qua non à toute initiative d’affaires peu importe sa source. Comme vous le saviez, la Mauritanie fut classée par «The Global Competitiveness Raport 2014-2015 du WEF» au 115/144,en terme de politique macro-économique, et 123/144 sur le plan des infrastructures, ce qui est loin d’être négligeable, surtout quand on sait que le pays vient de très loin à cet égard.
Cependant,pour asseoir un climat d’affaires incitatif, il faut que la Mauritanie mette en place des structures d’accueil, de suivi et de contrôle, sérieuses et crédibles,spécifiques à l’investissement et ses problèmes, car celles qui existent aujourd’hui semblent avoir du mal à répondre à ces critères. Il faut aussi prioriser la mise en place des infrastructures de base comme, entre autres, les routes entre les Wilayas et bien sûr, le projet d’assainissement de la capitale Nouakchott.
En effet, nous ne pouvons pas développer notre économie et nos ressources naturelles, alors que des régions des plus riches au pays restent encore enclavées. Le cas de la Wilaya de Tiris-Zemour est un exemple évident. Tout comme nous ne pouvons pas inviter les investisseurs étrangers,ou encore structurer nos propres investissements, alors que notre capitale nationale, bas de laine de toute notre économie etsiège de nos institutions, continue à se noyer sous nos yeux.
Et que dire du secteur de l’éducation, frein majeur à l’investissement en Mauritanie! Les résultats du concours du Bac 2014 en sont malheureusement la preuve pathétique.
Quand vous avez 3152 réussites sur 35000 candidats c’est tout simplement catastrophique. Et ceux qui ont réussi sont presque tous unilingues arabes. Un taux donc de réussite de moins de 10%, alors qu’il est de 60% dans des pays limitrophes comme le Sénégal et autour de 90% dans les pays de l’OCDE. Comme on le sait, l’éducation est la clef de voûte du développement économique. Et tant que nous ne mettrons pas l’effort nécessaire sur ce point, en démantelant les entraves artificielles mises en place, aucun investisseur avisé ne prendrait le risque d’implanter son entreprise dans un environnement où la main d’œuvre est pauvre de créativité et déniée de connaissance.
3. La Mauritanie affiche aujourd'hui des performances économiques assez intéressantes, selon vous y a t il une corrélation entre ces performances et la réduction du taux de pauvreté ?
Réponse : Selon tous les observateurs internationaux, notamment ceux de la Banque Mondiale et du FMI, la Mauritanie affiche une croissance très intéressante qui avoisine les 7% en 2013. Cette bonne croissance soutenue, est due essentiellement à la gestion équilibrée des recettes minières, fiscales et de la pêche. Il reste maintenant à rationnaliser ces revenus afin de matérialiser leur impact sur le niveau de vie des citoyens et ainsi réduire le taux de la pauvreté dans le pays.
Malheureusement, les besoins du pays et ses urgences en infrastructures sont si nombreux que les choix restent encore difficiles à faire. Donc oui, le taux de pauvreté est en décroissance en Mauritanie. Mais l’impact réel de cette décroissance sur le pouvoir d’achat des citoyens ne pourrait se matérialiser de façon effective et concrète que sur le moyen et le long termes. Ceci dit, pour vraiment y arriver, la bonne gestion des dépenses publiques, le contrôle efficace des passations des marchés et la transparence institutionnelle doivent demeurer au sommet des priorités des décideurs afin de rationaliser au maximum le budget de l’État.
4. quels sont les facteurs qui peuvent encourager aujourd'hui le retour de la diaspora et son implication dans le développement économique de la Mauritanie ?
Réponse : Les problèmes de la diaspora sont criants. Outre la volonté politique, il faut une ferme et irréversible volonté d’ouverture à l’égard de cette importante communauté. Pour commencer, il faut connaître en profondeur sa réalité et ses besoins, le tout dans le but d’y répondre de façon objective, sans compromis et dans le seul et unique but de servir l’intérêt supérieur de la Mauritanie et ses citoyens. Autrement dit, il faut nationaliser cette action plutôt que de chercher, comme par le passé, à toujours la politiser.
Quoique éparpillées sur des continents éloignés, avec des modes de vie et dans des environnements différents, les membres de la diaspora partagent tous une même et triste réalité: l’abandon presque total de l’État mauritanien. En effet, aucune action n’a été prise au bénéfice des membres de la diaspora de la part de l’État mauritanien, même pas la simple mise en place des moyens leur permettant de participer aux élections législatives et présidentielles et ainsi exercer leurs devoirs de citoyens.
Or, sans l’initiative de l’État, aucun membre de la diaspora (surtout pas ceux qui ont bien réussi dans leurs pays d’accueil) ne viendra en Mauritanie à moins qu’on lui présente des incitatifs palpables pour le faire. Partant de ce constat, il est du devoir de la Mauritanie et de son État de tirer avantage des membres de la diaspora mauritanienne, où qu’ils se trouvent, en facilitant leur retour à la mère patrie et du coup, leur permettre de participer à son développement économique et sociale. Pour commencer, l’État doit poser des gestes concrets et urgents à l’égard des membres de cette diaspora, notamment:
1. Faciliter et enlever toutes les contraintes relatives au port de la double nationalité;
2. Créer un avantage bancaire, en devise, exclusivement destiné aux membres de la diaspora, dont le solde est rapatriable au besoin et sans formalités, au pays de résidence à l’Étranger;
3. Créer une franchise fiscale complète d’une durée de dix (10) ans, exclusivement au bénéfice des investisseurs membres de la diaspora pour tout investissement égale ou supérieure à cent (100.000.00 $) mille dollars ;
4. Enlever toutes les entraves douanières devant ceux qui veulent entrer définitivement au pays;
5. Mettre en place un bureau de recrutement permanent dédié uniquement à la main-d’œuvre spécialisée issue de la diaspora.
Sans être exhaustives, se sont là les facteurs qui peuvent encourager aujourd’hui le retour de la diaspora. Car il en va de l’obligation de la Mauritanie de récupérer ses enfants, talentueux, éparpillés à travers le Monde et qui ne cherchent qu’à servir leur pays et se valoriser parmi les leurs. Tous les pays du monde, notamment, nos voisins marocains, tunisiens, algériens ont bénéficié largement, en nature et en capital sonnant, de l’apport de leur diaspora. Alors pourquoi la Mauritanie est restée et reste à l’écart? Il est donc temps que la Mauritanie se réveille et fasse de même, surtout dans une phase de son développement où elle a désespéramment besoin de toutes ses ressources humaines.
5. Parler nous de votre projet touristique lancé il y a quelques mois à Zouérate?
Réponse : Comme vous le saviez, je suis un ressortissant de la région de Tiris-Zemour. À ce titre, je me suis toujours dit, alors que j’étais encore sur les bancs de l’école à Québec, qu’il faut que je participe au développement de mon pays, en y investissant dans ma région, et ce, dans le but de réaliser des infrastructures qui participent au développement local, partie fondamentale du développement économique nationale.
Les ouvrages majeurs qui ont été réalisés à Zouerate entrent dans ce cadre et, par le fait même, répondent aux invitations urgentes et répétées du gouvernement mauritanien lancées aux investisseurs nationaux et internationaux, compte tenu des richesses naturelles et des potentialités multiformes de la Mauritanie. J’ai donc construit un complexe multidimensionnel, comprenant un hôtel de 20 chambres, assortie d’une suite présidentielle de haute gamme; un restaurant top qualité; une grande salle de conférence et de réception, complétement équipées; et un parc de stationnement, incluant des chambres de repos pour les chauffeurs et le personnel accompagnant nos illustres clients.
Réaliser un projet de cette ampleur dans une ville aussi éloignée et enclavée comme Zouerate, n’a pas été une chose facile, loin de là. Mais le rêve, le désir, la volonté et la détermination y étaient entièrement, lesquels ont fini, grâce à Dieu, par prendre le dessus avec la plus grande fierté et satisfaction. En tant que pays réellement en voie de développement, la Mauritanie est à la genèse de son développement et de sa résurgence. On doit donc y mettre les efforts nécessaires, avec l’espoir que demain serait meilleurs pour tous.
On a tendance à dire que les régions du Nord sont délaissées par les dirigeants Mauritaniens, partagez-vous cette vision?
Réponse : Absolument, et ce, jusqu’en 2010. Pourtant, la région du Nord, le Tiris-Zemour, a donné tant pour le reste de la Mauritanie. Tout d’abord, elle lui a permis de naitre en tant que pays, comme le reconnaissait si bien feu le Président Mokhtar Ould Daddah dans ses mémoires. Selon lui, n’eut été les gisements de Zouerate, la France n’avait aucun intérêt à soutenir la mise en place, de toutes pièces, d’un nouveau pays qui est la Mauritanie! Les revenus de ses ressources minières participent aujourd’hui au budget de l’État à hauteur de 40%, soit plus de 90 milliards d’ouguiyas.
Et pourtant, jusqu’en 2006, la redevance de l’exploitation frénétique des gisements miniers de Tiris-Zemour fut fixée à 1.500.000 ouguiyas par année pour la ville de F’Dérick; 1.500.000 ouguiyas pour la ville de Zouerate et 1.500.000 ouguiyas pour la ville de Bir-Mougrein! Lors de son passage au mois de novembre 2010, le Président Aziz a reconnu le délaissement dont la région a été longtemps victime sous les régimes successifs qui l’ont précédé. Aujourd’hui, quelques projets ont vu le jour, notamment les projets de ravitaillement en eau, d’électrification et de construction de la route bitumée ralliant la Wilaya de Tiris-Zemour au reste du pays, lesquels sont encore et toujours en exécution.
Il aurait donc fallu attendre cinquante longues années pour qu’enfin la région du Tiris-Zemour attire un peu l’intérêt du pouvoir central à Nouakchott. Les gens du Nord ne veulent pas exclure les autres concitoyens de leurs droits de profiter, dans le cadre d’une politique de péréquation juste et équitable, des richesses du pays où qu’elles s’y trouvent, y compris celles de Tiris-Zemour. Leur souci est tout simplement que cette région du Nord, qui a tant donné, ait enfin le droit le plus élémentaire de recevoir sa juste part en tant que région productrice.
Il faut signaler que la région de Tiris-Zemour est complètement absente de la haute structure de gestion de la SNIM, à savoir son CA et son ADG. Tout comme elle est absente de la table du Conseil des Ministres. Pourtant, ces hauts lieux de prise de décisions relatives aux intérêts suprêmes du pays, doivent refléter un équilibre régional, par opposition à l’équilibre ethnique et tribal, et ce, par soucis de proximité et d’écoute des besoins des citoyens partout au pays, compte tenu des particularités indéniables de chacune de ses régions.
Ce principe d’équilibre régional dans la gestion des affaires publiques est connu aujourd’hui de tous et adopté par les grandes économies avancées de ce monde. Car, il permet aux décideurs de prendre des décisions plus adaptées, plus ciblée, mieux suivies et, en fin de compte, plus efficaces. À titre d’exemple, je suis de ceux et celles qui croient intimement que si les gens du Tiris-Zemour étaient au cœur de l’intérêt des décideurs au sommet de l’État, la route Atar-Tijigja n’aurait probablement pas été priorisée sur celle d’Atar-Zouerate, et ce, pour plusieurs raisons.
D’abord, la Wilaya de Tiris-Zemour est la seule à être encore enclavée et isolée de la capitale Nouakchott. Il est donc inconcevable de prioriser le régional sur le capital et l’accessoire sur le principal. De plus, l’intérêt économique de la route Atar-Tijigja est, somme toute, objectivement marginal, voire inexistant, surtout à court et au moyen terme. En effet, les politiques de désenclavement doivent reposer essentiellement sur deux considérations, soit la densité des populations à desservir ou encore l’importance économique de la région visée. Or, la route Atar-Tijigja ne répond ni à l’une ni à l’autre de ces considérations. Mieux, l’intérêt stratégique que certains veulent bien lui donner, à savoir lier directement l’Est au Nord du pays, n’a de sens que si le Tiris-Zemour est complètement désenclavé. On n’a mis donc la charrue devant les bœufs.
Et comme cerise sur le gâteau, la route Atar-Tijigja est la plus couteuse et la plus difficile à réaliser, compte tenu de son tracé montagneux et sablonneux excessivement pénibles à travailler, de sorte qu’elle affiche aujourd’hui un retard de plus de cinq (5) ans avec des surcouts importants. En conclusion, oui la région du Nord est la vache à lait de la Mauritanie, mais cette dernière a très longtemps refusé de l’entretenir le moindrement, d’où les appels au sens de l’équité et de l’entraide lancés par les gens de cette région, qu’on espère seront entendus et bien notés.
6. Avez-vous des ambitions politiques en Mauritanie?
Réponse : Personnellement, je n’ai pas d’ambitions politiques en Mauritanie. Je laisse la place à ceux qui en ont, et Dieu sait qu’ils sont beaucoup au pays, puisque la politique est le seul métier à la portée de tous! Ceci dit, je fais ici deux observations. La première, c’est que je pense qu’on doit tous participer au débat, et ce, toujours dans le but de fantasmer la Mauritanie plurielle et de renforcer ses institutions.
La deuxième, c’est que je pense qu’on ne peut faire de la politique constructive que si on est indépendant de fortune et, surtout, indépendant et libre d’esprit. Autrement, on serait loin de l’engagement national et, par conséquent, on reste paralysé et préoccupé par nos intérêts propres suivant une logique végétative de mendicité et de clientélisme au détriment, malheureusement, de l’intérêt des citoyens qu’on est censé représenter et servir.
Propos recueillis par Dia El Hadj Ibrahima
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Source :
Mauritanies1
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