dimanche 20 juillet 2014

« Changer la constitution pour ouvrir la possibilité d’un troisieme mandat, c’est comme renoncer à la souveraineté....

20-07-2014 09:12 -

« Changer la constitution pour ouvrir la possibilité d’un troisieme mandat, c’est comme renoncer à la souveraineté.... ... de la Mauritanie sur une portion de son territoire. ».

Le Quotidien de Nouakchott - « Vous allez débuter dans quelques jours votre second mandat. Est-ce que ce sera votre dernier mandat, comme le prévoit la Constitution mauritanienne ?

Oui, comme le prévoit la Constitution mauritanienne, c’est mon dernier mandat.

Même si le peuple le demande, vous ne chercherez pas à faire un troisième mandat ?

C’est tout ce que j’avais à dire. » - Extrait d’un entretien accordé par Mohamed Ould Abdel Aziz a RFI après sa réélection à la tête de l’État mauritanien le 21 juin 2014.

« Même si le peuple le demande, vous ne chercherez pas à faire un troisième mandat ? »

Ould Abdel Aziz n’a pas répondu à cette question. Pourquoi n’a-t-il pas dit « Même si le peuple le demande, je ne chercherai pas un autre mandat. » ? Le peuple, peut-il d’ailleurs, demander une révision constitutionnelle pour permettre à un président élu et réélu, de postuler une troisième fois?

Après avoir été élu au premier tour de l’élection présidentielle du 21 juin, Mohamed Ould Abdel Aziz prêtera serment le 02 août 2014. Il jurera « par Allah l‘Unique de ne point prendre ni soutenir, directement ou indirectement, une initiative qui pourrait conduire à la révision des dispositions constitutionnelles relatives aux conditions de la durée et du renouvellement du mandat du Président de la République, prévues aux articles 26 et 28. "

Si, après un tel serment, Ould Abdel Aziz accepte de se présenter à une troisième élection présidentielle, les citoyens ne diront pas " Il a violé la constitution. " Ils diront " Il a juré par Allah et s‘est rétracté…"

A la place de l‘ancien article 26 qui maintenait le président de la République à la tête de l‘Etat pendant six ans, le nouveau prévoit cinq ans. Ce n‘est pas une différence de taille. Une année pour la gestion d‘une nation, c‘est très peu. Le changement de taille vient du nombre de mandats. A la place de la réélection sans limite de l‘ancien article 28, le nouveau dispose : " Le président de la République est rééligible une seule fois. "

Le Premier magistrat ne pourra pas modifier la constitution comme dans certains pays africains pour rester au pouvoir à l‘expiration des nombres de mandats possibles.

L‘article 99 nouveau dispose : " Aucune procédure de révision de la constitution ne peut être engagée si elle met en cause l‘existence de l‘Etat ou porte atteinte à l‘intégrité territoriale, à la forme républicaine du gouvernement, au caractère pluraliste de la démocratie mauritanienne ou au principe de l‘alternance démocratique au pouvoir et à son corollaire, le principe selon lequel le mandat du Président de la République est de cinq ans, renouvelable une seules fois comme prévu aux articles 26 et 28."

Le principe de l‘alternance au sommet de l‘État n‘est donc plus laissé à la guise des citoyens. Les citoyens ne peuvent pas demander une révision constitutionnelle pour offrir un troisieme mandat à un président. Il ne leur sera pas permis de maintenir la même personne au palais au-delà de dix ans.

C‘est la loi fondamentale qui garantit le changement de présidents, au moins chaque décennie en l‘élevant au même niveau que l‘existence de l‘Etat, l‘intégrité territoriale, la forme républicaine du gouvernement et le caractère pluraliste de la démocratie mauritanienne.

Changer la constitution pour ouvrir la possibilité d’un troisieme mandat, c’est comme renoncer à la souveraineté de la Mauritanie sur une portion de son territoire.

A la question, «Même si le peuple le demande, vous ne chercherez pas à faire un troisième mandat ? » la vraie réponse, la réponse conforme a la constituions du 20 juillet 1991 est « La constitution ne permet même pas au peuple de faire une telle demande. »

Khalilou Diagana



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