vendredi 19 avril 2013

Rosso coupée du fleuve jetée aux poubelles



Rosso coupée du fleuve jetée aux poubelles
Dans la mythique capitale du Trarza, l’air est saturé. Une odeur fétide agresse les narines délicates et blesse la vue. Les photos ci-contre sont édifiantes. En quelques décennies, Rosso a complètement basculé, passant d’une ville ouverte sur le fleuve à une cité interdite pleine comme un œuf et sans ouverture. 

Autrefois les habitants respiraient grâce au «barrage », une réserve forestière qu’on accédait en contournant l’Ecole de la gendarmerie. Aujourd’hui, tous les accès menant à cet espace vert sont coupés. Les Rossossois n’ont quasiment plus droit au fleuve Sénégal qui coule à quelques mètres de leurs demeures. 

Des murs ont poussé partout dictés par la spéculation, le tout sécuritaire et une ambiance de laisser aller qui en dit long sur le bilan de la municipalité tout au long de ces 20 dernières années.

Les Rossossois évoluent désormais dans une surface boueuse réduite saturée de mouches et de moustiques. L’un des grands espaces publics de la ville, la fameuse place 12-12, baptisée ainsi au lendemain du coup d’Etat de 1984, a été livrée aux spéculateurs. Ne reste plus comme espace public qu’un petit cul de sac situé entre l’Ecole de Médine et le siège du RFD.

Un ancien Wali de la ville avait voulu y mettre le grappin mais a dû reculer face à une mobilisation sans précédent des Rossossois. En cet été 2012, ce sont les poubelles qui révoltent les habitants de la ville. Plusieurs amoncellements de sacs en plastique, de détritus et de cadavres au beau milieu d’une ville-frontière qui devait, en tant que telle, donner une bonne image à la Mauritanie

Le mélange des immondices à l’eau stagnante explique la prolifération des mouches et des moustiques. A ce calvaire, s’ajoute celui de l’insalubrité de l’eau distribuée par le réseau de la SNDE. Un liquide jaunâtre et nauséabond, visiblement impropre à la consommation. Habitués à subir l’arbitraire, les Rossossois en rient de bon cœur et contemplent avec humour le spectacle de la putréfaction des protéines en plein air devenu le lieu de rendez-vous des chèvres le jour, des chats, chiens et ânes la nuit. 

Ici, le paludisme et la diarrhée ne sont plus considérés comme des maladies, raconte un chauffeur de taxis. Tout au long des routes, les nouvelles canalisations accompagnent l’œil vagabond. Ces ouvrages réalisés à coup de millions d’ouguiyas par une société chinoise rassemblent aujourd’hui à des trous de rats. Des canalisations mal entretenues devenues un fourre tout pour des ménages non sensibilisés qui y versent de l’eau de vaisselle, des arêtes de poissons, des habits, etc.

Aussi, ce qui devait faciliter l’écoulement des eaux de pluie est devenu le réceptacle des mauvaises odeurs et des petites bestioles. De nuit, circuler àRosso nécessite du flair et une petite lampe de poche. Dés 20 heures, la ville plonge dans le noir absolu animé par le coassement des crapauds. Les promeneurs à la recherche de l’air frais doivent slalomer entre la boue, les poubelles et tout un ensemble de désagréments. Comment est-on arrivé à ce niveau de désolation dans l’une des municipalités les plus riches de Mauritanieavec des recettes prélevées sur la tête de chaque citoyen et sur le riche trafic entre la Mauritanie et le Sénégal 

Par Dia El Hadj Ibrahima







Source : Mauritanies1

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