jeudi 11 avril 2013

Attention Vainqueur, beaucoup de fumées dans le ciel des élections en perspective !



Attention Vainqueur, beaucoup de fumées dans le ciel des élections en perspective !
Tout d’abord il serait utile de faire un court récit rétrospectif des principaux évènements qui ont caractérisé la vie politique de notre pays du 06 Août 2008 à la date de la publication de cet article. 

Il s’agit de rappeler certains faits marquants de cette importante partie de l’histoire de notre pays et de situer, dans leur contexte, les fumées qui polluent actuellement le ciel des élections municipales et législatives en perspective ; le principal but étant de monter l’importance des résultats de cette épreuve dans le fonctionnement du prochain parlement et dans le rêve de gagner la course qui mènera à l’immeuble convoité qui juxtapose l‘ancien Palais ocre. 

Malgré leur mémoire généralement courte, les mauritaniens se rappellent encore de la forte opposition qui s’est constituée, au lendemain 06 Août 2008, au sein de ce qui a été alors appelé le Front National pour la Défense de la Démocratie(FNDD). 

Après plusieurs mois de turbulences et après avoir été incapable, avec l’aide de la communauté internationale, de faire échouer ce coup d’Etat, c’est ce mêmeFNDD qui a fini par tenter, à travers le fameux accord de Dakar, de barrer à Aziz -mais vainement- l’accès à la présidence en juillet 2009 et la légitimation de son coup de force (résultat 2 : 0 en faveur d’Aziz). 

Une fois l’investiture est officiellement faite (05 Août 2009) et l’ordre constitutionnel rétabli, les choses ont été relativement calmes jusqu’au jour oùBouazizi, un jeune tunisien désespéré, s’est suicidé par immolation vers la fin de l’année 2010. 

Dans le monde arabe, cet étrange événement a fait évoluer les manifestations de solidarité avec ce jeune de Sidi Bouzid d’une nouvelle forme d’expression du mécontentement à une volonté ferme de changement. Suite aux soulèvements populaires qui ont presque éclaté partout, les présidents de la Tunisie, de l’Egypte, de la Libye et du Yémen ont été destitués et d’autres régimes arabes se sont vus contraints, sous la menace, d’opérer des réformes, acceptables dans des cas et insuffisantes dans d’autres.

Au niveau de notre pays, l’année 2011 s’est distinguée par la naissance duMouvement de la Jeunesse du 25 Février initié et encadré, en cachette et à distance, par des hommes politiques, indépendants, actifs dans des partis politiques et embrigadés dans des organisations de la société civile. 

Pour contenir ce genre de contestations, devenu une mode depuis le phénomène Bouazizi, le pouvoir a réussi à organiser un dialogue qui a eu lieu en septembre-octobre entre la majorité présidentielle et une partie de la COD. A l’issue de ce dialogue, a pris naissance une opposition dialoguiste modérée forgeant une 3ème voie, au centre, mais dont les positions balancent tantôt à gauche tantôt à droite comme si on se soucie fort de tisser de bons rapports avec les deux belligérants. 

L’autre opposition, dite radicale et souvent qualifiée d’extrémiste, a conservé son nom initial de COD et a progressivement changé de discours et de méthode d’action surtout après avoir copté de grands galonnés à la retraite. 

Cette dichotomie a donné une bouffée d’oxygène au pouvoir et traduit une autre forme de victoire sur ses ennemis (3 : 0 encore pour Aziz). Au crédit de ce dialogue, on note des résultats importants qui sous-tendent aujourd’hui, entre autres, l’idée d’organiser des élections municipales et législatives dans la période du 15 septembre-15 octobre de l’année en cours. 

Quant à l’année 2012, elle s’est caractérisée par le lancement du slogan ‘’Arhel ou dégage’’ et une tentative de la part des leadeurs politiques opposants d’induire des soulèvements populaires ou cloner un printemps arabe encore en vie dans la sous-région. Ce sont les mêmes instigateurs du 25 février qui se sont mis à l’œuvre, de manière dévoilée cette fois-ci, en essayant de drainer le peuple dans la rue à travers ce slogan ‘’Arhel’’ par ailleurs très mobilisateur.

L’échec de destituer Aziz sous la pression du peuple, est surtout attribuable à la nature du peuple mauritanien, aux réformes localement opérées, à la résistance du régime syrien à décapiter et aux résultats peu encourageants dans les pays où a soufflé le vent printanier (score 4 :0).

Avec le regrettable incident du 13 octobre et après un temps d’hésitation, le ton de l’opposition change, ses démonstrations de forces deviennent presque quotidiennes et le départ d’Aziz passe d’un souhait en une exigence. La journée du samedi 20 novembre a constitué un pic dans l’évolution de la gestion du dossier de la maladie d’Aziz pendant la période 13 octobre-24 novembre 2012. 

En effet, la rumeur d’un coup d’Etat s’est partout propagée ce jour-là et les acteurs politiques -aussi bien de l’opposition que de la majorité- se sont subitement retrouvés, sous l’effet de la machine propagandiste et diffamatoire, dans l’obligation de choisir entre les deux clans des futurs candidats à la présidence : Dr Moulaye Ould Mohamed Laghdaf pour le clan jugé affaibli d’Azizet Mohamed Mahmoud Ould Mohamed Lemine de celui de Ghazouani,considéré désormais l’homme qui détient, entre ses mains, le destin de laMauritanie.

Grande a été la surprise quand on a constaté, le lendemain, le degré de cohésion de l’armée et de fidélité de ses dirigeants. L’autre surprise a été aussi la capacité de l’armée, en tant que corps professionnel organisé, discipliné et solidaire, de déjouer la stratégie des vétérans de la classe politique et de leur soustraire tout crédit auprès de la population. 

L’apparition surprise du Président à l’Elysée quelques jours après, l’accueil qui lui a été réservé à son retour au pays le 24 Novembre et la conférence de presse donnée à la veille de son retour en France pour un rendez-vous préétabli, ont été suffisants pour dissiper l’euphorie et le sentiment d’avoir gagné une bataille avec une cartouche tirée sur l’ennemi par son propre camp. C’était aussi l’occasion pour les mauritaniens de lire, sur le grand tableau d’affichage des résultats de cette autre rencontre non amicale, le score 4 : 0 dans la première mi-temps. 

Le calme vécu jusqu’à pratiquement début 2013, a été interrompu par ‘’l’AffaireBouamatou’, l’homme qui s’est beaucoup investi dans la crise générée par le renversement du président démocratiquement élu et dans l’accès de Aziz au confortable fauteuil de Président de la République en 2009.

Depuis le rebondissement de cette affaire, les mauritaniens suivent attentivement le jeu de ceux qui essayent de la faire sortir de son vrai cadre pour dire que les dessous sont encore méconnus de l’opinion publique ou qu’il s’agit soit de conflit entre amis et/ou cousins soit d’une volonté expresse de détruire un royaume potentiellement capable de nuire en 2014. 

Au moment où se jouaient la deuxième partie du match, le député français Noel Mamère déclare pendant un débat sur la situation au Mali, le 21 janvier sur la chaîne de télévision Arte, que «le chef de l'Etat mauritanien était le parrain d'un trafic de drogue » et d’autres révélations liées au même thème apparaissent plus tard dans plusieurs sites électroniques en Mauritanie pour enflammer ou envenimer la situation. 

Les problèmes de l’enrôlement, de l’IRA, du MTPN, des rapatriés du Sénégal, de la Côte d’Ivoire et de la Libye, des jeunes chômeurs, de l’insécurité intérieure (meurtre, vol et viol), des critères de nomination et promotion dans les corps civil et militaire, les mécontentements dans l’Administration, la guerre au Mali …, ont représenté des occasions de buts ratées par les joueurs de l’opposition. Mais ils restent, tous, comme une sorte de fumées, peu épaisses certes, chargées d’aérosols dispersés dans l’atmosphère des prochaines élections. 

C’est le lieu de rappeler que les supportaires de l‘opposition espèrent encore la récupération du score et les plus pessimistes, parmi eux, privilégient qu’il y aura besoin, à termes, de tires au but pour départager les deux équipes en compétition. Pourtant à croire les observateurs et à voir l’action des anti-Aziz sur le terrain et la réaction du peuple de façon générale à toutes les ‘’fumées’’ rappelées plus haut, on peut dire que :

- les explications données à propos de ‘’l’Affaire Bouamatou’ par les services techniques de l’Etat concernés, semblent convaincre la majorité des mauritaniens et les empêcher de se laisser embarquer dans le navire de la propagande anti-pouvoir. 

- Les mauritaniens ne semblent guère accorder d’importance aux enregistrements et autres révélations mêlant leur président au dossier de la drogue en Afrique de l’Ouest. Pour l’opinion publique, le refus du retrait de la plainte contre Mamère serait à l’origine des informations déjà filtrées et des menaces brandies à ce sujet par tous ceux qui aiment jouer sur des terrains inappropriés.

- L’approche adoptée par l’opposition et d’anciens serviteurs de l’Etat vis-à-vis d’une affaire qui touche à l’honneur de celui qui symbolise l’Etat et incarne laMauritanie tout entière, a justifié le désintéressement au dossier d’accusations ou le mépris même de ceux qui tiennent à le manipuler davantage pour déstabiliser la patrie.

- Le parrainage de la drogue dans tout pays est toujours l’œuvre d’un réseau d’hommes politiques de l’exécutif et du législatif, de hauts responsables dans la sécurité (intérieure et extérieure), dans la douane, etc. plus les maillons inférieurs de distribution qui comprennent les destinataires du produit.

- L’enrichissement probable de tout citoyen à partir de la drogue n’est pas, aux yeux des mauritaniens, un crime plus condamnable que le détournement des biens publics et le bradage des ressources naturelles nationales. 

- Le taux des leadeurs d’opinions et des individus sensibles à ce genre de questions (fumées), est insignifiant chez nous par rapport aux citoyens satisfaits des réalisations accomplies sous le règne du Président des pauvres. Reconnaissants et pleins d’espoirs, ceux-ci s’auto-sensibilisent fortement déjà pour assurer à leur Président une majorité parlementaire et un deuxième mandat présidentiel s’il s’en intéresse. 

Par ailleurs l’approche des échéances électorales et l’effet probable de certaines fumées sur la popularité de Aziz, créent de l’espoir chez l’opposition et des remous au sein de la classe politique et intellectuelle en général; remous qui semblent se manifester déjà dans la tentative de se positionner sur un échiquier politique qui risque d’avoir plus de couleurs que le traditionnel noir et blanc. 

Aux opportunistes partout où ils se trouvent, il est quand même conseillé de bien réfléchir avant d’agir et d’éviter de baser leurs décisions sur le célèbre ‘’pile ou face’’ ou sur l’art d’usage divin des cauris et autres (géomancie ou Ligzana). Quant à l’opposition dite radicale, les risques probablement encourus par la participation aux prochaines échéances électorales seront préférables pour les adhérents et sympathisants qu’un boycott qu’ils considèrent surement suicidaire.

Alors, cette opposition n’a en face que de forcer son destin, c'est-à-dire participer et gagner les prochaines élections législatives et avoir une majorité parlementaire confortable qui lui permettra de jouer son rôle de contrepoids au pouvoir. En cas d’échec, la retraite politique serait le seul refuge pour la vieille garde et une chance réelle pour changer la classe politique et ouvrir l’espoir pour une alternance tant attendue. 

Attention Vainqueur ! Il n’est pas du tout suffisant de disposer d’un tel score et d’accompagner la communauté internationale dans le dossier de la Syrie de par le statut de la Mauritanie au sein de la Ligue arabe et dans celui du Mali en tant que pays du champ et membre de l’Union Africaine.

Prudence Vainqueur ! Nous sommes à la veille d’élections municipales et législatives et à un an scrutin présidentiel. Il s’agit tout bonnement de vous rappeler que l’effet cumulé des fumées qui assombrissent notre ciel politique risquerait d’inverser les bons scores jusqu’ici obtenus et d’engendrer, en conséquence, une mauvaise surprise. A propos, selon Radio France Internationale, nos voisins sénégalais n’avaient pas voté Maky Sall, ils avaient plutôt voté contre Abdoullaye Wad. A bon entendeur salut !

Dr Sidi El Moctar Ahmed Taleb





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