mercredi 20 février 2013

« La Mauritanie est présidée par un homme malade et personne n’ose le lui dire… ».



« La Mauritanie est présidée par un homme malade et personne n’ose le lui dire… ».
Dans une interview publiée par le blog « Au secours des Haratine: SOS-Abolition » le Capitaine Ely Ould Krombolé ancien compagnon d’arme du président Aziz mais qui a partagé avec lui bien d’autres choses, dresse de lui un portrait sans concession et jette la lumière sur une facette peu connue du personnage. Morceaux choisis :

Question : Capitaine Ely Ould Krombolé, l’actualité nous oblige à parler du big-bang financier entre Aziz –Bouamatou, selon les partisans du général, l’homme d’affaire aurait tendance à vouloir bénéficier sous différents régimes depuis Ould Taya des largesses fiscales, les partisans de l’homme d’affaire défendent la thèse du règlement de « comptes ». Le général Aziz n’est il pas allé trop loin avec Bouamatou qui a utilisé son agenda, son argent et relations personnelles pour légaliser son putsch ? 

Capitaine Ely Ould Krombolé : En novembre 1980 lors de ma rencontre avec le sous-lieutenant Aziz, loin de moi l’idée qu’il allait, 28 ans après présider aux destinées de la Mauritanie. Ex nihilo nihil.

Autrement dit tout phénomène pour Epicure, a une cause matérielle. Ma rencontre avec le futur président de Mauritanie n’était pas donc contingente, mais plutôt nécessaire; afin que je puisse porter un témoignage sur l’homme que j’ai adulé trente ans durant et que je répugne de nos jours.

On ne peut jamais connaitre un homme sans éplucher ce que les circonstances de son enfance ont gravé en lui. Malheureusement ce pan de l’enfance, de l’adolescence du président AZIZ nous échappe. En 1980, AZIZ avait 24 ans dont trois années passées à l’Académie Militaire de Meknès. D’après les dires, il est né en 1956.Il a été probablement à l’école en 1963 ou 64(à 7-8 ans s’il est natif de Louga). En 1970 s’il ne redouble pas, il passe le concours d’entrée en 6eme pour le collège. Entre 1970-71 et 1977 où AZIZ est entré à Meknès, notre futur chef de la magistrature suprême à eu diverses activités.

Ce qui est sûr, c’est qu’il n’a pas fini le collège car entre 1970 et 1977 AZIZ a travaillé comme mécanographe au budget à Nouakchott. Là il va avoir des problèmes pour fausses écritures. Un juge le convoquera, enverra des policiers le chercher à la Direction du budget; AZIZ s’esquivera par une porte dérobée, se cachera, falsifiera un diplôme pour se faire recruter par le 3eme bureau de l’Etat-major comme EOA (élève officier d’active) en partance pour le Maroc.

Le cousin Ely Ould Mohamed Vall, lui est déjà sorti de Meknès depuis 1976, muté au Sahara pour guerroyer contre le Polisario. Il parait qu’il est à l’origine du recrutement de son cousin AZIZ. Toujours est-il que notre président sortira le 1er Aout 1980 avec les sous-lieutenants DIAKO Abdoulkrim, feu Sarr Amadou. A Meknès, il fera la connaissance de la mère de ses enfants qui lui sera constamment d’un atout précieux, en « carriériste avantageux ». 

Le 1er poste d’AZIZ était la 4ème région militaire de Tidjikja commandée alors par feu le commandant Ahmed Ould MINNIH. Quelques mois plus tard la région est disloquée au profit du Secteur Autonome de Kaédi. Là où je vais sympathiser avec l’homme le plus ingrat de l’Histoire de Mauritanie.

Aziz était introverti, se confiait peu, le regard fuyant comme s’il ne pouvait pas supporter la présence de son vis à vis. Qu’il est loin le temps où nous avions loué une maison à 6000um à Kaedi, face au stade de moderne, où la vieille Mam nous faisait passer nos plats (loués aussi) au-delà du mur. Nous touchions des avances de soldes de 5000um chacun et c’était trop dur. Nous décidâmes d’aller vivre chez un cousin à moi, un gendarme de 1er échelon du nom de Hacen Ould Einé. Ce dernier vit encore, à la retraite à Aioun. 

Quelques mois plus tard Hacen remarqua qu’AZIZ ne priait pas et m’interpella : « est-ce normal de partager ses repas, sa concession avec quelqu’un qui ne prie pas ? ». Je lui rétorquai qu’AZIZ est un Cheulh et ces derniers ne prient qu’à l’âge de 40 ans. Ironie du sort, c’est ce qui s’est produit lorsque vers le milieu des années « 90 » Aziz en disgrâce de Maawiya, sentit une déréliction et commença à fréquenter la mosquée, à pratiquer le sport assidument. 

De 1980 à 1982 dans nos virées nocturnes à KAEDI et à pieds, le cinéma CHAATOU, les ruelles de Gattaga, de Moderne, Jedida n’avaient pas de secret pour nous. Encore moins la famille Ehel Chighaly où pour la première fois AZIZ vit un griot chanter de si près. 

Et pour revenir à votre question proprement dite sur le litige Bouamatou-aziz, cela ne pouvait être autrement, et le tempo est bien choisi. En pleine guerre du nord-Mali, Aziz a décidé de créer une tension avec son cousin Bouamatou afin de faire diversion. 

Pendant que tous les mauritaniens suivent le feuilleton, Aziz réprimandé par les Français, les Américains pour n’avoir pas pris part aux combats, n’avait d’autres choix que de laisser ces puissances installer en Mauritanie tout leur arsenal de quête du renseignement (drones) leurs forces spéciales, ce au détriment de notre doctrine d’emploi de laquelle nous tirions depuis la nationalisation de la miferma, et gardions jalousement notre totale indépendance. 

Mohamed Ould Bouamatou est victime de l’Azizanie autrement de l’ingratitude à ciel ouvert. Il a été trompé comme tous les mauritaniens par AZIZ. Or le président mauritanien est un égoïste au sens premier du terme. Tout doit fonctionner par rapport à lui-même. L’homme voue un culte sans égal pour l’argent (wemaa rabouké=dirham). La bcm, le budget, le trésor sont ses propriétés. Et tous ceux qui travaillent avec lui sont ses collabos tenus de le satisfaire dans ses dérives machiavéliques. La Mauritanie est présidée par un homme malade et personne n’ose le lui dire, même ses proches. Il ne respecte personne, n’a besoin de personne. Et tant qu’il fait le jeu de la France il se croit intouchable. Mais jusqu’à quand?

Question : Des élections municipales, législatives et sénatoriales devraient être organisé depuis plus d’un an. Le parlement est illégitime, le gouvernement n’a pas été à hauteur de sa mission. Vous qui connaissez Aziz puisque vous étiez en contact jusqu’au lendemain de son putsch en 2008, dites nous qui est réellement cet homme qui nous gouverne et qui s’est d’ailleurs proclamé le président des « pauvres » ?

Capitaine Ely Ould Krombolé : Décidément le ridicule ne tue plus surtout pour tous ceux qui croient qu’AZIZ organisera des élections municipales, législatives ou sénatoriales ou procéder à un changement de gouvernement, d’ailleurs sous sa botte. Tout cela AZIZ n’en a cure. La seule élection qui pourrait l’intéresser, parce qu’il s’agit de lui et de lui seul, c’est la présidentielle. Et il la gagnera même si « la Chine venait de voter contre lui » (expression qu’il a utilisée lors de l’élection présidentielle de 2009 à propos du vote propice à Ould Daddah).

L’enrôlement actuel dont il maitrise les structures en amont et en aval, autrement l’identification et l’authentication des populations est un potentiel outil de fraude. Ajouter à cela les manœuvriers de la 5eme colonne (walis, préfets, ministère de l’Intérieur etc…) sans oublier les agents de la figuration (ceni, conseil constitutionnel) et on est tenu de penser le « vote chinois » incapable d’accoucher d’une alternance pacifique au pays de l’Azizanie.

Aziz a longtemps observé la société mauritanienne. Du temps où il était aide de camp de Maawiya (13-12-1984 à 1990, ou cdt Basep (1990-1991 ensuite (2000-2005) il a vu des mauritaniens toutes tendances confondues se compromettre, se rabaisser, épouser l’humiliation pour quelques réparations matérielles, le plus souvent dérisoires. Il s’est forgé une idée : que ce peuple n’a pas de dignité et le plus important est de conserver le pouvoir, tenir les cordons de la bourse pour mieux aiguiser les appétits.

La concrétisation de ces projets fangeux sollicitent la collaboration de vaniculaires, qui à la longue n’auront porté l’encens que pour faire saigner leur peuple au profit d’un médiocre dictateur impérieux, impavide et mégalomane. J’avais toujours cru qu’Aziz, une fois au pouvoir allait transformer la Mauritanie en eldorado.

De 1994 à 2000, lors de nos longs parcours naturels, au bord de la plage, sur la route de Nouadhibou, nous ne parlions que de la gabegie, de détournements de deniers publics sous Maawiya, bref d’une société qui s’étiole. Et pourtant je devrais me méfier car Aziz faisait tout pour gagner de l’argent (hammam, agriculture, élevage, etc…).J’avais mis tout cela sous l’égide de la parentèle .Son ensemble tribal florissant et mercantile. Or il est apparu que ce général dépasse toutes les prévisions du président « normal » en matière d’argent. (….)

Pour le moment la France a besoin d’Aziz comme les Américains qui avaient à une autre époque sollicité la bienveillance du narco-traficant Norièga, président du Panama, avant de le renverser, de l’enchainer comme un vulgaire prisonnier. En ce qui concerne l’argent, Aziz est prêt à tout : établir des relations diplomatiques avec la principauté de Monaco, pour blanchiment d’argent sale, faire de Nouadhibou une zone « franche » c’es-à-dire de non droit propice à toutes les pratiques mafieuses.

La France ne doit pas imposer à la Mauritanie un président irresponsable parce qu’en médiocre militaire il est disposé à « lutter contre le terrorisme ». Aziz a mis la Mauritanie sous tutelle. Son second mandat, si d’ici là il n’est pas écarté risque d’être le début de la fin de notre chère patrie.

Enfin puisque l’actualité est dominée par l’injustice dont est victime Mohamed Ould Bouamatou, cet homme qui a commencé à partir de rien pour bâtir un empire, les choses doivent être mises dans leur contexte. Je ne connais pas ce compatriote .Mais il est indéniable que le cœur de tous les mauritaniens bat pour Bouamatou. Sa grande prodigalité, son attention, sa générosité envers les plus démunis sont autant d’alibis qui feront oublier sans doute le soutien qu’il accorda à un moment critique de notre Histoire au président le plus controversé de Mauritanie.
Au secours des haratine : SOS-Abolition


 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire