jeudi 12 janvier 2012

Le volcan sème une pagaille en Mauritanie (Seiba ou Djibru )



La Mauritanie passe ces jours-ci par ses moments les plus instables, de plus en plus assaillie par des foyers de tension croissants, qui apparaissent tantôt à l’intérieur du pays, tantôt à l’extérieur. Les autorités sont bien conscientes de cette situation. Elles sont sur le qui-vive et sont désormais sûres de l’existence de "mains invisibles" derrière les mouvements de contestation qui resurgissent par ci et par là.

Le plus récent de ces mouvements est celui de l’Iseri, un établissement à vocation religieuse, autrement dit islamiste, non djihadiste, mais toutefois non insensible aux révolutions du printemps arabe qui ont frappé certains Etats et où les mouvances islamistes non extrémistes ont été plébiscitées au terme d’élections organisées par ces pays.

Ces foyers de tension qui peuvent toujours être à l’origine de débordements graves, s’ils ne sont pas gérés de main sage de la part des autorités ont fait dire au ministre de l’intérieur Mohamed Ould Boilil que l’Iseri est instrumentalisée par des parties opposantes pour créer la diversion et attiser l’instabilité dans un pays déjà menacée par plusieurs facteurs réunis...

... dont la guerre larvaire et ininterrompue entre majorité et opposition, les grèves des employés des sociétés d’extraction minière, rumeur autour d’une tentative d’assassinat de Biram Ould Dah, détention arbitraire de personnalités dont l’ex-commissaire des droits de l’homme, Ould Dadde, les sit-in, les manifestations, les préavis de débrayage …

Parmi ces facteurs précités, on peut évoquer la dernière visite de l’Emir du Qatar en Mauritanie, qui a donné, dit-on, des résultats opposés à ceux attendus. D’ailleurs cette visite, à en croire des nombreux observateurs, est venue jeter l’huile sur le feu, dans des relations mauritano-qataries.

Des relations qui sont donc aujourd’hui à la quête d’un terrain propice, après le recul notoire enregistré ces dernières années dans l’action de bienfaisance de Mouaza Ben Nacer en Mauritanie, traduite par plusieurs réalisations dont l’hôpital deBoutilimit.

Des rapports qui devaient connaître aussi un certain regain si le vocable islamiste n’a pas été de trop pour l’Emir, quand il a cherché à donner conseil à son homologue mauritanien, pour se rapprocher de l’érudit Mohamed El Hacen ould Dedew.

Mais, ce conseil quoique utile, n’est pas venu à point nommé car la bête noire des régimes dans ces temps est sans doute dans l’islamisme aussi bien dans sa version extrémiste incarnée par Al-Qaeda ou Aqmi que modérée, véhiculée par les partis islamistes, notamment à travers les blogueurs et les universitaires.

Les réserves du président de la république, Ould Abdel Aziz vis-à-vis de ces conseils ont été saisies à la volée par Mohamed Moctar Al Chinguitty qui a tenté dans une analyse de dresser un tableau noir du bilan de l’actuel du pouvoir. Bilan qu’il qualifie comme étant des égarements par rapport aux revendications populaires.

Mais aussi, l’opposant Moustapha Limam Chavii est venu attiser le brasier en lançant un appel aux partis politiques, aux Ong défenseurs des droits de l’homme pour apporter leur soutien aux étudiants de l’Iseri. Promettant avec le leader de l’Ira de libérer de la Mauritanie, Moustapha Limam Chavii est certain que c’est là une force de la jeunesse sur laquelle il faut compter pour destituer Ould Abdel Aziz.

Justement, l’Ira vient aujourd’hui de prendre le devant de la scène en dénonçant un cas esclavagiste avéré à Ain Farba, qu’elle a la conviction d’être négligé par les autorités sur la base d’instructions venues d’en haut. L’IRA promet aujourd’hui de faire de cette localité un Sidi-Bouzaid si les choses continuent à faire l’objet d’un tel mutisme de la part du pouvoir.

Sur le plan extérieur, des voies se sont récemment élevées notamment dans la capitale belge pour demander le jugement de Ould Taya. Une requête qui n’est pas à sa première formulation mais dont l’évocation dans l’actuelle conjoncture est perçue par des analystes comme ayant des dessous d’ordre diplomatique consécutif au léger brouillard entre Doha et Nouakchott, après la visite « ratée » de l’Emir.

Et comme Ould Taya est sous la protection de Hamed Al Thani, le fait de faire revenir son dossier au devant de l’actualité- alors qui l’a toujours été tant que ces victimes des années de braise n’ont pas été rétablies dans leur droits matériels et moraux, constitue une sérieuse secousse du trône de l’Emir, qui doit être sûr de l’implication du régime de Nouakchott dans ce rebondissement.

Voici subséquemment ces ingrédients qui doivent préoccuper plus d’un mauritanien soucieux de la stabilité de ce pays tant fragilisé par les querelles stériles entre ses forces politiques que par le pillage systématique infligé à ses potentialités naturelles conjugué à la sécheresse et la pagaille qui sévit à tous les échelons de la société…

Ahmed Ould Bettar

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